25 janvier 2008
Matin Ordinaire
Debout contre l’armoire à glace, le petit garçon les regardait. Endormis l’un contre l’autre. Sous les draps froissés et poisseux de sommeil, leurs poitrines se soulevaient avec régularité. En se concentrant, il pouvait même voir leurs gorges palpiter doucement. Les boucles noires de Maman étaient éparpillées sur l’oreiller comme les pattes d’une étrange araignée. Papa avait du poil sur la poitrine et les joues hérissées de barbe. L’embrasser le matin, c’était comme embrasser une éponge à récurer. Ou un paillasson.
Ils étaient entièrement nus. Nausée. On aurait pu croire deux mollusques échoués et soudainement privés de leur coquille, exposant leur chair rose et vulnérable. Écœurant.
Alors, il leva le fusil de chasse qu’il avait pris dans le garage. Il visa tour à tour les deux corps étendus.
"Pan..."
À peine un murmure. Il pointa à nouveau le canon vers le sol et resta un long moment immobile dans le clair-obscur de l’aube. Puis il sortit de la chambre, reposa le fusil là où il l’avait trouvé et s’assit devant la télévision pour regarder les dessins animés, un bol de céréales dans les mains.
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